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Cette première touche de black-Bass qui m’a fait sursauter sur l’étang

juin 15, 2026

Le scion a donné un petit toc sec, puis la ligne a glissé de 3 mètres sur le côté. Depuis du côté de Rennes, je suis parti 1 heure 20 vers l'étang de Trémelin pour cette sortie courte, et je n'avais en tête que cette sensation-là. J'étais assis bas sur la berge, les bottes dans l'herbe humide, quand la canne s'est chargée sans bruit. En tant que rédacteur spécialisé pêche pour magazine indépendant, j'ai déjà vu des départs francs, mais celui-ci m'a fait sursauter.

Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas comme je pensais

Je travaille depuis 20 ans comme rédacteur spécialisé pêche pour magazine indépendant, et je compose avec un agenda serré. Mes journées d'écriture se calent mal avec les longues virées au bord de l'eau. Entre mes articles, les trajets et mon enfant de 8 ans à la maison, je ne pars pas pêcher au hasard. Je prépare mes montages la veille. Je limite mes achats, et je garde un budget mensuel qui ne me laisse pas de place pour l'erreur.

Je voulais pourtant ce black-bass depuis des semaines. Dans ma tête, il allait prendre le leurre avec un gros ploc et me plier la canne d'un coup. J'avais imaginé une pêche rapide, nerveuse, presque brutale. Ma formation de 2005 m'avait appris à me méfier des scénarios trop simples, mais j'étais sûr de moi. Et c'est justement ce qui m'a rendu vulnérable au premier échec.

Mes premières sorties ont commencé avec un petit shad de 6 cm, puis un crankbait qui passait dans 30 cm d'eau. Je lançais parallèle à la rive, puis je ramenais trop vite, sans vraie pause. Je regardais la bannière, je suivais le scion, et je me demandais si mon nœud ou mon grammage posait problème. J'ai même refait un montage deux fois sur le coffre de ma voiture, avec les doigts un peu froids, parce que je me suis retrouvé persuadé que le défaut venait du matériel.

Au bout de ces heures, j'ai compris que la touche du black-bass ne ressemblait pas à un coup de frein. Elle passait par une ligne qui se déportait, une tension qui changeait, ou un scion qui pliait d'un centimètre. Sur ce point, les repères de la Fédération Nationale de la Pêche en France m'ont servi de cadre mental, sans me faire perdre le terrain. J'ai fini par regarder la ligne avant de regarder la canne.

Comment la ligne qui bougeait doucement m'a fait sursauter

Le vrai déclic est venu sur une pause. J'avais laissé mon leurre immobile pendant 4 secondes, juste au bord des herbiers, à 3 mètres du bord. La ligne a d'abord stoppé sa course, puis elle a pris un angle bizarre vers la gauche. J'ai pensé à une touffe d'herbe, puis la canne s'est chargée toute seule. J'ai été frappé par ce calme juste avant le départ, parce qu'il n'y avait ni remous ni éclaboussure.

Le détail qui change tout, c'est le petit toc sec dans le scion. Ce n'était pas un choc franc, plutôt une mini-impulsion suivie d'une tension vivante qui tirait de côté. J'ai appris à faire la différence avec un simple contact de branche, parce que le ressenti n'est pas le même dans la poignée. Le black-bass garde par moments le leurre une demi-seconde que prévu, puis il le recrache si je pars trop tôt. Mon premier ferrage réflexe a arraché le leurre de sa bouche, et je me suis retrouvé à fixer l'eau comme un idiot.

La surprise a été encore plus nette près d'une bordure de nénuphars. L'eau faisait 30 cm, et je ne croyais pas du tout trouver un poisson là. Le leurre a disparu sans éclaboussure, presque avalé sous la surface. J'ai senti une aspiration discrète, puis la bannière s'est tendue d'un coup. Le black-bass n'a pas sauté dessus. Il avait juste ouvert la bouche et pris le leurre dans un silence total.

Le plus gênant, c'était mon ferrage trop rapide. Je partais au premier remous, et je sortais le leurre de la bouche avant qu'il ne soit vraiment aspiré. Deux fois, j'ai aussi gardé le frein trop serré. La canne a plié sec, puis le poisson a filé dans les herbes sans me laisser sortir assez de fil. J'ai compris là que le problème n'était pas le poisson, mais mon impatience.

Ce que j'ai appris à force de rester immobile et d'observer

Après ça, j'ai ralenti d'un cran. Sur les bordures, je laissais désormais une pause de 4 secondes, par moments après un lancer parallèle à la rive. Je gardais la bannière semi-tendue, pas molle, pas raide comme un câble. En pêchant plus lentement, j'ai vu la ligne bouger de travers bien plus clairement. Mon travail de rédacteur spécialisé pêche pour magazine indépendant m'a appris une chose simple : le détail finit par peser plus que la vitesse.

Les lunettes polarisantes m'ont changé la scène. Je voyais enfin les petits remous, les bulles, et ces suivis discrets que je ratais à l'œil nu. Sans elles, je prenais un caillou pour un poisson, puis un poisson pour une branche. Une fois, j'ai suivi une ombre à 2 mètres du bord pendant presque tout le lancer, et je n'aurais rien vu sans la teinte des verres. Ce n'était pas spectaculaire. C'était juste plus lisible.

J'ai aussi compris un point que je n'avais pas mesuré. Le black-bass n'attaque pas toujours en force. Il aspire, puis il tient le leurre assez longtemps pour me piéger si je veux aller trop vite. Ma formation continue en techniques de pêche (2018) m'a rappelé une chose simple sur le geste. J'ai commencé à ferrer au vrai poids, pas au bruit. Le changement s'est vu dès les sorties suivantes.

Il y a eu aussi des ratés qui m'ont vexé. Un matin, sur une eau plate comme du verre, j'ai ramené trop droit vers moi. Le poisson a suivi, a tapé une fois, puis a décroché sans se piquer. Un autre jour, le frein trop serré m'a puni plus vite que prévu. Le premier rush est parti dans les herbes, et j'ai senti le fil râper avant de casser. J'ai gardé ce bruit sec dans la tête pendant toute la route du retour.

Au final, ce que cette première touche m'a vraiment appris

Avec le recul, cette touche m'a remis à ma place. J'ai compris que le black-bass me parle plus par déplacement de ligne que par gros choc. Ce sont les signaux minuscules qui m'alertent, pas le vacarme. Je reste prudent sur ce que j'en conclus, parce qu'une seule sortie ne fait pas une règle. Pour une lecture biologique fine, je m'arrête à mon niveau et je laisse la main à un biologiste halieutique.

Si je devais retenir une chose pour moi, ce serait celle-là. Je referais les pauses de 4 secondes, les lancers parallèles à la rive, et les leurres de 6 cm dans 30 cm d'eau. Je laisserais aussi le temps au poisson de garder le leurre une demi-seconde . C'est là que le ferrage devient juste, et que la pression dans la main change sans prévenir. À l'étang de Trémelin, cette retenue m'a laissé un souvenir plus fort que n'importe quel départ violent.

Je ne refais plus mes erreurs sans m'en rendre compte. Je ne ferre plus au premier remous. Je ne néglige plus les herbiers clairs, ni le petit cercle plat qui reste 2 secondes après un ploc discret. Avec mon enfant de 8 ans, j'ai même refait ce geste au bord de l'eau, et il a vu avant moi la ligne qui se déportait. Ça m'a fait sourire, franchement, parce que la scène m'a rappelé mes débuts, mais avec un peu plus de calme dans les épaules.

  • pêcheur patient devant une bordure calme
  • amateur qui regarde la ligne avant le scion
  • pêcheur qui accepte les pauses de 4 secondes
  • curieux des touches fines en petite eau
  • pratiquant qui supporte de rater un premier ferrage

Je garde au fond de la tête cette première montée de poids, juste sous la pointe de la canne. Ce n'est pas la force du poisson qui m'a surpris ce jour-là, mais la délicatesse de sa touche, presque imperceptible, qui m'a obligé à revoir ma façon de pêcher. Depuis, je me fie davantage à la ligne qu'à l'adrénaline. Et quand je repense à cette berge, à l'étang de Trémelin et à ce petit toc sec, je me dis que ce black-bass-là m'a appris plus qu'une belle bourriche.

Thibaut Giraudon

Thibaut Giraudon publie sur le magazine Riera Pêche des contenus consacrés à la pêche en mer, à la pêche en eau douce, au matériel et aux techniques de pratique. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères concrets pour aider les lecteurs à mieux préparer leurs sorties et à faire des choix plus cohérents.

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