Le brochet battait encore contre le filet quand la maille caoutchouc a claqué sur la berge du lac de Trémelin. Depuis du côté de Rennes, j'ai mis 1 heure 20 pour ce test, avec deux épuisettes et un chrono dans la poche. En tant que rédacteur spécialisé pêche pour magazine indépendant, j'ai voulu vérifier si la maille caoutchouc blessait moins le poisson à la manipulation qu'une maille nylon classique.
Comment j’ai organisé ce protocole pour tester la vraie fiabilité des épuisettes
J'ai organisé ce test sur 4 semaines, avec 5 sessions en eau douce, toujours le matin. J'ai pêché par 11 °C un jour, puis 14 °C et 12 °C les autres, avec du vent léger sur la berge. Je me suis concentré sur le brochet et le sandre, parce que je voulais voir la tenue du poisson au bord de l'eau, juste avant le décrochage.
La première épuisette avait un cadre de 56 cm, une poche de 42 cm et un manche de 1,80 m. La seconde montait à 61 cm de cadre, 48 cm de poche et 1,95 m de manche, avec une maille plus raide. À la main, j'ai senti 540 g sur la première et 910 g sur la seconde, et j'ai noté le claquement sec de la maille contre l'armature quand je la refermais. Quand elle frottait contre la berge, le son était plus sec aussi.
Je voulais mesurer trois choses, et j'ai gardé le même geste à chaque capture. J'ai chronométré le décrochage au smartphone, j'ai compté les triples qui se prenaient dans la maille, et j'ai noté si je pouvais tenir l'épuisette d'une main. J'ai aussi regardé ce qui se passait sur le poisson au moment de la remise à l'eau, surtout la durée pendant laquelle je le gardais hors de l'eau.
En tant que rédacteur spécialisé pêche pour magazine indépendant, j'ai déjà rédigé 40 articles par an sur le matériel et les techniques, et ce sujet m'a tout de suite parlé. Ma Licence en Sciences de l’environnement (2005) m'a appris à regarder le frottement et le retour à l'eau sans me laisser distraire par le reste. Je pêche depuis dix ans, en couple, avec mon enfant de 8 ans, et les repères de la Fédération Nationale de la Pêche en France m'ont servi de cadre. Pour le stress du poisson, je reste sur mon terrain et je laisse l'analyse fine à l'Ifremer.
Ce que j’ai constaté au bord de l’eau quand les triples ont commencé à se planter
Au premier poisson, j'ai été frappé par l'écart de temps. Avec la première épuisette, j'ai tourné autour de 25 secondes de décrochage sur 10 poissons, et la deuxième m'a plutôt amené vers 40 secondes. La différence venait moins du poisson que du filet, parce que les triples glissaient mieux dans la maille souple et restaient plus nerveux dans l'autre.
Au toucher, j'ai senti tout de suite la raideur du second modèle. Quand je le faisais pivoter au bord de l'eau, la maille répondait moins bien et je me suis retrouvé à forcer le poignet pour garder le poisson au bon angle. La première restait plus douce, et je pouvais la tenir plus longtemps sans cette fatigue sourde dans l'avant-bras. Elle buvait presque pas l'eau, et je n'avais pas cette sensation de filet poisseux au bout de la matinée.
Le moment le plus pénible est venu quand un triple s'est planté profond dans la maille rigide. J'ai dû tenir la canne d'une main, pincer l'ardillon de l'autre, puis faire glisser le fil sans arracher le nœud de la poche. Un des poissons m'a laissé un triple traversé dans la gueule et coincé dans le filet, et j'ai dû garder canne et épuisette ensemble avant même d'attaquer le décrochage. Là, j'ai compris un peu tard que la maille caoutchouc n'était pas synonyme de décrochage tranquille.
Après remise à l'eau, j'ai regardé le mucus et les écailles sur mes doigts. Avec la maille caoutchouc, j'ai vu moins d'écailles collées et moins de mucus arraché, mais la maille gardait plus vite des traces de vase, d'algues ou de slime au soleil. Dans l'esprit des repères de l'Ifremer, j'ai gardé la prise au ras de l'eau, parce que le poisson supporte mal les secondes de trop hors de son élément.
Le jour où j’ai compris que la profondeur de la poche change tout pour les poissons nerveux
Une matinée froide m'a servi de bascule. J'ai sorti un brochet très vif, et dans la poche courte il battait encore au-dessus du cadre, alors que la poche profonde le calait mieux. C'est là que j'ai senti, presque dans la paume, que le volume du filet change le calme du poisson.
J'ai aussi vu que la taille des mailles changeait la vitesse du geste. Quand elles étaient plus souples et un peu plus fines, les triples restaient moins accrochés et je passais plus vite au décrochage. Avec la maille grossière, le leurre se verrouillait dedans, et je perdais ce temps court qui compte au bord de l'eau.
Un sandre m'a donné un vrai coup de chaud quand il a glissé presque hors de l'épuisette. J'ai rattrapé la queue avec le manche, puis j'ai plaqué la poche contre l'eau avant qu'il ne parte. Ce geste m'a rappelé qu'une épuisette trop petite me fait croire que je tiens la prise, alors qu'elle bouge encore. Je me suis retrouvé à improviser alors que je pensais avoir sécurisé le poisson.
Après ce sandre, j'ai fini par passer à un filet plus profond et à mailles plus souples. J'ai noté quatre erreurs nettes pendant ces sorties. La maille trop grossière accroche les triples, la poche trop courte laisse le poisson taper au-dessus du cadre, la rigidité devient pénible par temps froid, et un rinçage oublié laisse des dépôts collants après l'eau vaseuse.
À la fin, ce que j’ai retenu pour choisir une épuisette fiable avec des leurres triples
Au bout des 5 sessions, j'ai mis les chiffres côte à côte. La maille caoutchouc la plus souple m'a laissé travailler plus vite, avec moins de triples coincés, et la plus lourde m'a fatigué le poignet plus tôt. J'ai aussi vu que la texture du filet changeait la façon dont le poisson reposait dedans, avec moins d'effet de toile qui colle aux branchies et aux nageoires.
La limite la plus claire reste la raideur de certains filets. Quand je garde l'épuisette levée pendant plusieurs minutes, je sens le poids monter dans l'avant-bras, et quand la berge est vaseuse, je dois laver le filet tout de suite. Sinon, la maille garde les dépôts et je repars avec une surface qui gratte au toucher.
Pour un pêcheur occasionnel, je vois bien l'intérêt d'un modèle léger et profond, surtout si les leurres à triples reviennent de temps en temps au bord de l'eau. Pour un amateur confirmé, je garderais un cadre plus large, même si le manche pèse un peu plus, parce que j'ai vu la prise rester mieux calée. Je ne vais pas plus loin sur le stress du poisson, car là je reste sur mon observation et je laisse l'analyse fine à l'Ifremer.
Je suis rentré du lac de Trémelin avec les doigts encore humides et une idée plus nette qu'au départ. Quand je pêche avec mon enfant de 8 ans, je préfère maintenant la poche profonde et la maille moins raide, parce que le décrochage va plus vite et le poisson frotte moins. Pour quelqu'un qui accepte un peu plus de poids et un rinçage après chaque sortie, c'est le duo que je garde, et mon verdict reste simple : la maille caoutchouc réduit les frottements, mais elle peut accrocher les triples et elle pardonne moins quand le filet est lourd.



