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Comment j’ai vécu le passage du spinning à la mouche après ma blessure au poignet

mai 17, 2026

Le passage du spinning à la mouche m’a sauté à la figure, ce matin d’avril, quand j’ai posé ma vieille canne sur le siège mouillé de la voiture, au bord du Bief-Roux. La brume accrochait encore les saules, et ma main droite gardait cette raideur sèche qui venait du plâtre. Six semaines après la fracture, je voulais voir si mon poignet suivait encore. J’avais cette drôle de tension dans l’épaule, entre envie d’y croire et peur de me faire mal dès le premier geste.

Au départ, je ne savais pas à quoi m’attendre avec la mouche

À ce moment-là, j’étais kiné, père de famille, et mon budget ne supportait pas les achats à l’aveugle. J’avais déjà vu passer des factures d’école et des pneus, alors je comptais mes euros avant chaque sortie. Mon poignet droit restait limité dans la force, surtout en rotation et en extension. Quand je serrais trop, une pointe remontait dans l’avant-bras. Rien de dramatique, mais assez pour me rappeler la chute à chaque geste.

Le spinning me demandait un lancer sec, presque cassé. Je le sentais mal dès que je partais trop fort en arrière. La mouche, elle, me semblait plus douce, avec un tempo qui collait mieux à ma rééducation. J’avais quinze ans de réflexe spinning derrière moi, alors j’ai hésité avant de changer. J’ai même regardé une Orvis d’occasion, puis j’ai refermé l’onglet. Je voulais une solution simple, pas un caprice .

J’avais lu deux pages sur Pecheur.com, un soir à 19h30, pendant que la maison se calmait enfin. Un ami m’avait aussi glissé que la mouche obligeait à ralentir. Sur le papier, ça sonnait presque reposant. Dans la vraie vie, j’ai compris assez vite que le geste n’avait rien d’évident. J’imaginais une pêche fine et fluide. En réalité, je voyais surtout mes erreurs avant même de les corriger.

Les premières sorties ont été un vrai choc, entre frustration et petites victoires

La première sortie, j’ai pris une canne de 9 pieds en soie numéro 4, et j’ai senti tout de suite qu’elle pardonnait moins mes crispations. J’ai galéré sur le départ. Au bout de 8 minutes, mon poignet chauffait déjà, juste à la base du pouce. La boucle partait de travers, parce que je coupais trop tôt le retour arrière. Je croyais guider le fil, mais je le brusquais. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Puis j’ai raté trois truites fario en 20 minutes, à cause d’une mauvaise présentation. La mouche tombait avec un petit bruit sec, et le corps de ligne faisait une courbe moche sur l’eau. Une belle robe de sèche, mais une dérive qui déraillait dès le premier mètre. Les poissons montaient, regardaient, puis repartaient sans insister. À ce moment-là, j’ai pensé que je m’étais trompé de technique. J’ai même rangé le bas de ligne en serrant les dents.

Ce qui m’a surpris, c’est la patience que la mouche m’a forcé à prendre. Je ne pouvais pas accélérer, sinon mon poignet refusait tout de suite. Alors j’ai attendu la bonne fenêtre, j’ai relâché la prise, puis j’ai laissé le blank charger sans forcer. La douleur restait là, mais elle devenait plus diffuse. Elle se noyait presque dans l’observation du fil, du courant, des petites rides sur la veine d’eau.

Après 7 sorties, j’ai senti un vrai changement dans ma coordination. J’ouvrais le coude plus tôt, et mon poignet suivait sans se raidir. Le faux lancer partait plus bas, moins nerveux, et la soie se déroulait sans claquer. Ce n’était pas une métamorphose, juste des gestes qui s’alignaient mieux. J’ai fini par comprendre que le tempo comptait plus que la force. Mon bras entier travaillait, pas seulement l’articulation blessée.

Le jour où j’ai compris ce que la mouche changeait vraiment

Un après-midi pluvieux, au ras des saules, j’ai réussi un lancer propre sur 12 mètres. La pluie marquait des trous ronds à la surface, et je sentais l’eau glisser sur la manche de ma veste. J’ai posé la mouche sans bruit, juste à l’entrée d’une veine lente. Mon poignet a suivi sans douleur nette. J’ai retenu mon souffle deux secondes, puis j’ai souri comme un idiot. Ce geste-là m’a fait du bien jusqu’au fond de l’avant-bras.

Ce jour-là, j’ai changé deux choses dans ma technique. J’ai remonté la tension du fil sur l’index, pour mieux sentir la soie sans serrer la poignée. J’ai aussi stoppé la canne plus tôt, vers 10 heures, au lieu de chercher un grand arc derrière moi. Le backcast a commencé à finir tout seul, et j’ai cessé de le voler avec le poignet. J’ai enfin laissé la canne travailler à ma place. C’est là que j’ai compris que je n’avais pas besoin de force brute.

Avec le recul, ce que j’ai appris que je ne savais pas au début

Le spinning m’obligeait à décider vite. La mouche m’a forcé à regarder l’eau avant de penser au geste. Je n’observais pas le même monde, et ça m’a changé le rythme dans la tête autant que dans le bras. J’ai compris que la dérive, la tension du bas de ligne et la position du poignet parlaient ensemble. Si l’un se crispait, les autres suivaient. Je ne l’avais pas mesuré avec le spinning, parce que tout allait trop vite.

Je n’avais pas prévu que le matériel compterait autant dans ma rééducation. J’ai fini par acheter une canne plus souple à 187 euros et une soie à 47 euros chez Pecheur.com. Mon budget a grincé, mais le blank chargeait mieux sur les petits gestes, et mon bras restait plus calme. J’avais regardé une Sage Fly Fishing aussi, puis j’ai renoncé, parce que je n’avais pas envie de vider le compte pour un test. Je voulais quelque chose qui m’accompagne, pas quelque chose à admirer derrière une vitre.

Un soir de février, j’ai relu une fiche de la HAS sur les mobilisations douces, puis un texte de Mpedia sur les gestes à ménager à la maison. Ça m’a parlé sans me faire la leçon. J’ai gardé cette idée de mouvement propre, sans à-coup, dans mes lancers comme dans les petits gestes du quotidien. Je ne sais pas si ça parle pareil à tout le monde, mais moi j’ai senti que ça rentrait dans le bras. Même le matin, quand je tournais une clé ou une casserole, je pensais moins à forcer.

Il restait une limite nette, et je l’ai rencontrée un matin de juillet. Quand la fatigue revenait, lever la canne trop haut me tirait encore dans la chaîne du poignet. J’ai alors testé le toc pendant 2 heures, presque par curiosité. J’y ai trouvé un mouvement plus court, plus reposant, même si j’ai regretté la finesse de la mouche sur certaines dérives. Cette parenthèse m’a évité de me raconter une histoire trop belle. Je savais enfin où se posait ma vraie limite.

Aujourd’hui, ce que je retiens vraiment de ce passage au spinning à la mouche

Aujourd’hui, la canne à mouche ne traîne plus dans le coffre comme un plan B. Elle a changé ma façon de regarder l’eau, mais aussi ma manière d’accepter un geste imparfait. Si c’était à refaire, je recommencerais, même si j’ai perdu du temps au début. Je garderais juste plus de calme, et je m’épargnerais quelques crispations inutiles. Quand je replie le fourreau après une sortie, j’ai moins l’impression de finir une séance que de fermer un chapitre.

Si l’on accepte de pêcher plus lentement, de compter ses faux lancers et de surveiller son budget, ce passage reste intéressant. Si l’on cherche un résultat immédiat, j’ai trouvé la mouche plus exigeante que le spinning. Je ne sais pas ce que cela donne avec une autre blessure, et je ne l’ai pas testé. Moi, j’ai juste vu que mon poignet trouvait sa place dans ce rythme-là. C’est déjà beaucoup.

À la maison, j’ai gardé ce changement jusque dans mes fins d’après-midi, quand je rangeais la canne près des cahiers d’école. Au cabinet de la rue des Acacias, j’ai fini par sentir dans mon propre poignet ce que mes patients racontent par moments mal. Et chaque fois que je repasse devant le Bief-Roux, j’ai encore envie de vérifier si la dérive tient. Je n’ai pas ouvert une nouvelle voie, mais j’ai retrouvé une façon de pratiquer qui me ressemble davantage.

Thibaut Giraudon

Thibaut Giraudon publie sur le magazine Riera Pêche des contenus consacrés à la pêche en mer, à la pêche en eau douce, au matériel et aux techniques de pratique. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères concrets pour aider les lecteurs à mieux préparer leurs sorties et à faire des choix plus cohérents.

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